À Propos

Anti-Darling est une archive, mais pas une archive ordinaire.
C’est un geste contre une idée bien ancrée dans les pratiques littéraires et artistiques : celle de kill your darlings.

En anglais, cette expression signifie qu’il faut supprimer ses “chéris”, c’est-à-dire les passages auxquels on tient trop, les phrases brillantes mais inutiles, les morceaux trop personnels ou trop déviants, pour atteindre une forme de clarté et d’efficacité.

Or, tout en moi refuse ce sacrifice.

Depuis mon enfance, j’ai écrit, dessiné et collectionné. Maladroitement, souvent. Avec excès, toujours. Cahiers scolaires, carnets griffonnés, romans avortés, poèmes absurdes, brouillons tachés, fragments de correspondances imaginaires : autant de traces que j’ai refusé de jeter. Car chaque texte, même le plus insignifiant, est une tentative, une mémoire.

Anti-Darling part donc d’un principe simple mais radical : ne rien effacer.
Tout conserver, tout montrer, tout faire exister.

Ce site n’est pas un “portfolio”, ni un “meilleur de”, ni une sélection raffinée.
C’est une masse, un excès, une accumulation sans hiérarchie. C’est une mémoire brute qui déborde. L’archive y est comprise non pas comme un coffre ordonné, mais comme un organisme vivant, incontrôlable, où la maladresse et la répétition valent autant que l’aboutissement.

Sur la toile (au sens pictural comme au sens numérique), Anti-Darling fonctionne comme un palimpseste :

  • des couches superposées, recouvertes mais toujours présentes,

  • des fragments visibles et d’autres enfouis,

  • des traces effacées mais jamais disparues.

Ce projet est double :

  • une œuvre physique, faite de papiers, de calques et de peinture noire ardoise, surface effaçable où un poème et un code apparaissent et disparaissent ;

  • une archive numérique, accessible via ce site, où toutes mes strates d’écritures sont préservées, du plus ancien au plus récent.

Ce qui est fragile devient durable.
Ce qui est raté devient précieux.
Ce qui est inachevé devient aussi digne que ce qui est clos.

Anti-Darling est donc à la fois un refus et une affirmation.
Un refus de l’oubli volontaire, du tri, du geste qui coupe pour purifier.
Une affirmation que l’art, la littérature, la mémoire, sont des forces qui débordent toujours, qui se répandent, qui refusent d’être contenues.

Bienvenue dans cet excès assumé.